Tam-Tamara, Russkiy Toy fauve charbonné, en pose de présentation au jardin

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Le Russkiy Toy n’a pas le passé qu’on lui invente

Petit prince des salons tsaristes, chien des grandes-duchesses, lignée aristocratique millénaire ? La vraie histoire du Russkiy Toy est plus courte, plus fragile, et à mon sens bien plus attachante. On démêle le vrai du légendaire.

On vend souvent le Russkiy Toy comme un petit prince des salons tsaristes, le chien préféré des grandes-duchesses, l’héritier d’une lignée aristocratique vieille de plusieurs siècles. C’est joli, mais ce n’est pas tout à fait vrai. La vraie histoire de la race est plus courte, plus fragile, et à mon sens bien plus intéressante : celle d’un chien qui a failli disparaître, et qu’une poignée de passionnés a reconstruit presque à partir de rien. Et c’est justement cette histoire-là qui donne tout son sens à notre façon d’élever aujourd’hui.

Aux origines : un terrier anglais, pas un chien de salon

Commençons par déminer un premier cliché. Le Russkiy Toy n’est pas un chien d’agrément depuis toujours : son ancêtre est l’English Toy Terrier, un petit terrier anglais. Et ce terrier-là ne vient pas des salons, mais des arènes où l’on chassait le rat dans l’Angleterre victorienne. La délicatesse du Russkiy Toy est donc un aboutissement, pas un point de départ : sous ses airs de miniature, il reste un vrai chien, avec du caractère. Ce terrier anglais a d’ailleurs été codifié si tardivement qu’il n’a reçu le nom d’« English Toy Terrier (Black and Tan) » qu’en 1960.

La Russie tsariste : à la mode dans les salons

Là, la légende rejoint la réalité, et c’est tant mieux. Au début du XXe siècle, le petit terrier anglais comptait vraiment parmi les chiens d’agrément les plus prisés de Russie : il symbolisait l’élégance et le raffinement. Un chiffre concret, pour donner la mesure : selon les catalogues d’exposition, en mai 1907, à Saint-Pétersbourg, onze toy-terriers étaient présentés sur quarante-six chiens d’agrément. Et pour situer l’époque, la toute première exposition canine russe s’était tenue à Moscou, au Manège, le 26 décembre 1874. Voilà le vrai décor : un chien à la mode, oui, mais dans une histoire qui commence à peine.

Lizetta, Anastasia : ce que l’Histoire dit vraiment

C’est ici que je préfère être franche, car beaucoup d’idées reçues circulent, souvent recopiées d’une fiche à l’autre. Prenons-les une à une, sans mépris pour personne : ce sont de jolies histoires, elles méritent simplement d’être remises à leur place.

  • « Lizetta, la chienne de Pierre le Grand. » Cette petite chienne a bel et bien existé : un terrier à poil lisse du début du XVIIIe siècle, réellement naturalisé et conservé au Musée zoologique de Saint-Pétersbourg. L’objet de musée est vrai. Mais en faire un ancêtre du Russkiy Toy est un anachronisme : l’English Toy Terrier ne se constitue qu’au XIXe siècle, et la race est refondée dans les années 1950. Une jolie anecdote de musée, pas une grand-mère.
  • « Le chien préféré de la grande-duchesse Anastasia. » Les archives de la famille Romanov sont pourtant claires : les chiens d’Anastasia s’appelaient Jemmy (un épagneul japonais, puis un King Charles), et non un petit chien russe, qui ne pouvait tout simplement pas exister avant les années 1950.
  • « Une lignée aristocratique documentée depuis des siècles. » C’est de la romance. Comme on va le voir, la race a été reconstruite sur des chiens souvent sans pedigree : il n’existe pas de généalogie aristocratique tracée.

On lit aussi qu’il « descendrait du Ratier de Prague » : rien ne l’étaye. Les registres russes d’avant 1917 parlent de toy-terriers anglais, pas d’autre chose.

La quasi-disparition (1920-1950)

Voici le creux de l’histoire, celui qu’on oublie toujours de raconter. Après la révolution, la race a bien failli disparaître. Entre 1920 et 1950, l’élevage s’arrête presque totalement et les effectifs tombent à un seuil critique : il ne reste qu’une poignée de chiens, dont très peu avaient encore un pedigree. Selon les chroniques de la race, en 1947, à Leningrad, un seul toy-terrier fut présenté en exposition, contre onze quarante ans plus tôt. C’est le point le plus bas, et tout ce qui suit est une reconstruction volontaire.

La refondation soviétique : une race nouvelle

C’est le moment que je trouve le plus fort, et le plus honnête. Au milieu des années 1950, des éleveurs soviétiques reconstruisent la race à partir des chiens qu’il reste : souvent sans pedigree, parfois pas de pure race. Coupés du monde par le rideau de fer, ils travaillent en isolement et s’écartent du standard anglais. Ce qu’ils créent n’est plus tout à fait l’ancien toy-terrier : c’est une race nouvelle.

Une date fait référence : le 12 octobre 1958, à Moscou, naît le premier mâle à franges, celui qui va fonder la variété à poil long. Selon les chroniques de la race, ce chien s’appelait Chikki. Petit détail de rigueur, et j’aime bien le souligner : même les sources russes ne s’accordent pas tout à fait, certaines datant cette naissance de 1957. La date qui fait foi, celle du standard officiel, est 1958.

Une personne, enfin, mérite d’être nommée, car le standard de la FCI la cite lui-même : l’éleveuse moscovite E. F. Zharova (Ievguénia Fominitchna Jarova) a joué un rôle déterminant dans la création de la variété à poil long. Qu’une éleveuse figure nommément dans un standard officiel, c’est assez rare pour qu’on s’en souvienne. Un détail me tient à cœur : le standard soviétique du poil long, republié par le club national, admettait alors des chiens allant jusqu’à 30 cm au garrot. Une race pensée pour survivre et rester robuste, pas pour rétrécir.

Je préfère un chien qui fait 500 grammes de plus que le standard mais robuste et en bonne santé, qu’un petit chien de 1,5 kilo.
La Nouknoukerie notre doctrine de sélection

De la race soviétique au Russkiy Toy mondial

La reconnaissance officielle, elle, est toute récente. En 2006, en entrant à la Fédération cynologique internationale (FCI), la race perd même le mot « terrier » : elle s’appelle désormais Russkiy Toy et quitte officiellement la famille des terriers. La FCI la reconnaît d’abord à titre provisoire, le 21 février 2006, puis à titre définitif le 7 novembre 2017, lors de l’Assemblée générale de la FCI à Leipzig, sous le standard nº 352. Elle est classée dans le Groupe 9, section 9 « Épagneul nain continental et Petit chien russe », avec ses deux variétés, poil long et poil lisse.

Ailleurs, la reconnaissance a continué : aux États-Unis, l’American Kennel Club a pleinement reconnu la race le 1er janvier 2022. Avec le Mudi, elle a porté à 199 le nombre de races reconnues par le club américain. Une race qui monte, mais encore jeune au calendrier officiel.

L’arrivée en France : le Petit chien russe et le LOF

En France, le Russkiy Toy porte un nom officiel : le Petit chien russe. La race est gérée par le CFENCRT, le Club Français de l’Épagneul Nain Continental et du Russkiy Toy, affilié à la Société Centrale Canine. C’est notre club de race, celui dont nous suivons la charte.

Et chez nous aussi, l’histoire est récente. Les premières inscriptions au Livre des Origines Français (LOF) sont une affaire des années 2000 : environ treize inscriptions vers 2007, selon les statistiques compilées de la Centrale Canine. En 2025, on en compte 144. La race reste donc confidentielle : à titre de comparaison, elle est inscrite une vingtaine de fois moins souvent que le Chihuahua. C’est une race rare, en France comme ailleurs.

Ce que cette histoire change pour un éleveur sérieux

Si je raconte tout cela, ce n’est pas pour le plaisir de l’anecdote. Une race jeune, refondée sur un pool de départ étroit et souvent sans pedigree, c’est une race dont la base génétique est resserrée. On ne peut donc pas l’élever à la légère. C’est très concrètement pour cette raison que nous testons tous nos reproducteurs à l’Embark, que nous surveillons le coefficient de consanguinité (COI) en le gardant sous 5 à 6 %, et que nous allons chercher du sang neuf à la source, en Russie et en Lettonie. L’histoire de la race n’est pas un décor : c’est l’argument qui justifie notre travail de sélection. Nous l’expliquons en détail dans notre article sur la génétique des couleurs.

Les questions que l’on nous pose souvent

Le Russkiy Toy est-il une race ancienne ?

Non, c’est une race récente. Son ancêtre, l’English Toy Terrier, remonte au XIX<sup>e</sup> siècle, mais le Russkiy Toy moderne a été refondé dans les années 1950 en Union soviétique, et n’est reconnu par la FCI que depuis 2006. Les « lignées millénaires » relèvent de la légende.

Descend-il vraiment des chiens de l’aristocratie russe ?

Le petit terrier anglais était effectivement à la mode dans les salons russes du début du XX<sup>e</sup> siècle. Mais la race a été reconstruite après-guerre sur des chiens souvent sans pedigree : il n’existe pas de lignée aristocratique documentée. C’est une jolie image, pas une généalogie.

Pourquoi ne l’appelle-t-on plus « terrier » ?

Parce qu’en 2006, à son entrée à la FCI, le mot « terrier » a été retiré du nom. La race est aujourd’hui classée dans le Groupe 9 (Épagneul nain continental et Petit chien russe), et non plus chez les terriers.

En résumé

  • L’ancêtre est l’English Toy Terrier, un chien de travail victorien, pas un chien de salon.
  • Le petit terrier anglais était à la mode dans la Russie tsariste, mais Lizetta et Anastasia relèvent de la légende.
  • Entre 1920 et 1950, la race a failli disparaître.
  • Elle a été refondée dans les années 1950 sur un pool étroit, souvent sans pedigree ; la variété à poil long naît le 12 octobre 1958.
  • Reconnaissance FCI en 2006 (provisoire) puis 2017 (définitive) ; en France, une race rare, sous le nom de Petit chien russe.

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